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Identité et Dialogue

L’iniquité derrière le refus de leur nom aux terroristes blancs

L’iniquité derrière le refus de leur nom aux terroristes blancs 27 septembre 2016

La photo d'Anders Behring Breivik vient du site de la chaîne de télévision CNN.

Cet article a été publié d'abord en anglais et toutes ses sources sont des sites en anglais.

Indéniablement, l'Amérique a encore des difficultés à trouver des mots pour qualifier ces blancs qui, eux, savent qu'ils ont l'intention de terroriser des minorités comme les noirs, les musulmans, les communautés LGBT. Anthea Butler a écrit que «l'un des actes terroristes les plus graves dans l'histoire des États-Unis a été commis contre une église noire à Birmingham, Ala., en 1963. Quatre jeunes filles ont été tuées lorsque les membres du Ku Klux Klan ont fait exploser l'église baptiste de la 16ème rue, une tragédie qui a déclenché le mouvement des droits civils ». On se souvient de cet acte chaque fois que le mouvement des droits civiques est mentionné. Néanmoins, cela ne suffisait pas à convaincre certaines personnes que certains terroristes sont de race blanche. En effet, parlant de la tuerie de l'église Charleston, Butler a ajoutré que « [lorsqu’on écoute] les nouvelles des grands médias, on n’entend pas le mot «terrorisme» utilisée dans la couverture médiatique de la tuerie [de Charleston]. Le suspect, Dylann Roof, blanc, de sexe masculin, âgé de 21 ans, [n’est pas] décrit comme «un terroriste potentiel» par les agences de presse traditionnelles [...] » Il est devenu une habitude de rechercher d'autres descriptions possibles d'un terroriste blanc afin d’éviter d'utiliser le T-word (le mot commençant par "T").

Mehdi Hasan, le présentateur du UpFront d’Al Jazeera, se référant à de nombreuses personnes de race blanche, qui auraient dues être appelées terroristes mais ont été refusées le nom, en les comparant à des gens «de teint foncé» qui ont commis des infractions beaucoup moins sérieuses, a mentionné Dylan Roof et comment il était difficile aux médias américains ou le FBI de l'appeler un terroriste après qu’il ait tué tous ces noirs à Charleston, tandis que Jubair Ahmad, un pakistano-américain, a été condamné à douze ans de prison pour avoir mis une vidéo sur Youtube pour le groupe militant pakistanais Lashkar-e-Taïba. Hasan a donné un autre exemple étonnant de la façon dont Jared Loughner, un homme blanc qui, en 2011, a tiré sur et blessé Gabrielle Giffords, un membre du Congrès venant d’Arizona, a tué six autres personnes, et a été simplement appelé activiste anti-gouvernemental, pas un terroriste, et a été accusé d'avoir assassiné et tenté d’assassiner. Le juge a dit que «la preuve démontre clairement qu'il savait ce qu'il faisait, malgré sa maladie mentale". Hasan le compare à Javed Iqbal, un homme d'affaires de Brooklyn qui a donné l'accès à la chaîne satellite du Hezbollah et a été condamné à six ans de prison. Cependant, Robert Doggart qui avait planifié d’effacer toute une communauté musulmane à New York, n'a pas été aussitôt mis en prison. En effet, « Doggart, un ancien candidat pour le Congrès dans le 4ème arrondissement, s’est concentré sur la communauté musulmane d’Islamberg à l’extérieur de Hancock, NY, et a essayé de recruter des « tireurs » qui auraient dû aller avec lui pour tuer des individus là-bas et détruire plusieurs bâtiments, dont une mosquée et une école ». Hasan le compare à Tarek Mehanna qui a été condamné à 17 ans de prison pour avoir traduit des documents d'Al-Qaïda. De même que le ‘American Civil Liberties Union a déclaré que le verdict prononcé contre Tarek "sape" la liberté d'expression’ Caputi a déclaré que" Mehanna est puni pour ses idées, et le cas contre lui pue d'une mentalité de lynchage. L'islamophobie qui saisit encore les Etats-Unis a souvent donné lieu à une hystérique chasse aux sorcières des musulmans «radicaux», dont Tarek Mehanna est la victime la plus récente". Pour empirer les choses, certains des médias américains ont tendance à affirmer que les terroristes sont toujours musulmans. Brian Kilmeade, un présentateur de la chaîne américaine Fox News a dit que «tous les musulmans ne sont pas des terroristes, mais tous les terroristes sont musulmans". Mehdi Hasan termine la vidéo en donnant le nombre des victimes de la suprématie blanche en les comparant à celles des victimes du terrorisme fait par des islamistes, ce dernier étant deux fois moins grand que le premier.

Néanmoins, la déclaration la plus odieusement irréfléchi est venue de Richard orange qui a dit qu’ ‘appeler Breivik un « terroriste d'extrême-droite », pour parler de sa radicalisation et analyser le développement de son idéologie, est de lui donner exactement ce qu'il veut’. C'est de montrer comment, même hors d'Etats-Unis, certains terroristes blancs peuvent tuer plus d'une cinquantaine de personnes et encore se voir refuser le nom auquel ils veulent tellement être associés.

On peut se poser des questions sur la nécessité de toutes ces histoires appelant les terroristes blancs par leur nom. Le point est que, dans un passé très récent, les États-Unis d'Amérique ont privé de nombreuses personnes de leurs droits parce qu'ils étaient considérés comme des terroristes. Des mesures extraordinaires sont utilisées lors de leur interrogatoire, comme le « waterboarding ». Si l'on pouvait penser un instant que l'une des personnes mentionnées ci-dessus devrait être torturé par le "waterboarding" (simulacre de noyade), il devient alors plus facile de comprendre la nécessité de ce genre de prise de conscience: l'attribution d'une activité criminelle à une race particulière est injuste et extrêmement dangereuse pour la vie d'un nombre incalculable de membres innocents de cette race. Pensez à Ahmed Mohammed, l'adolescent américain qui a été iniquement mis en garde à vue au Texas pour avoir inventé une horloge qui avait l'air suspect à son professeur. Cela montre à quel point les gens en viennent à associer les membres d'une religion entière, la race ou l'origine ethnique à une attitude ou action violents.

Une enquête réalisée par le Pew Research a conclu que «une moyenne de 50% dans quatre pays d'Europe occidentale, des États-Unis et de la Russie a appelé les musulmans violents et une moyenne de 58% les appelait « fanatiques », mais a moins utilisé des mots avec une connotation négative comme avides, immoraux ou égoïstes. Une moyenne de 22% seulement des Occidentaux dit que les Musulmans sont respectueux des femmes, mais beaucoup plus disent que les Musulmans sont honnêtes (moyenne de 51%) et généreux (41%). Ceci est très révélateur. Bien sûr, il ne faut pas perdre espoir dans un pays tout entier. On pourrait penser que la majorité des Américains non-musulmans pensent qu'ils devraient considérer les musulmans différemment des personnes provenant d'autres traditions religieuses. Cependant, « environ six sur dix Américains (61%) disent que musulmans vivant aux Etats-Unis ne devraient pas être soumis à un contrôle supplémentaire uniquement en raison de leur religion; [et seulement] 32% disent que les musulmans doivent faire l'objet d'un examen plus minutieux que ceux des autres groupes religieux ».

Les gens peuvent penser que les guerres idéologiques ne sont pas aussi sévères que les guerres réelles sur les champs de bataille. Certaines personnes bien intentionnées deviennent tendues par une suite d'événements qui n’ont rien à voir avec une religion quelconque, et lentement les gens de toute une nation, parfois une génération, sont avalées par des attitudes stéréotypées à l'égard de ceux qui semblent être différents d'eux.

S'il est facile d'avoir de telles attitudes sur le sol occidental, à quoi devrions-nous nous attendre lorsque des pays sont injustement envahi (oui, je veux parler de l'Irak en 2003) et beaucoup de ses habitants sont considérés comme des terroristes? Je ne vais même pas commencer à parler des différences entre les "dommages collatéraux" blancs et ceux moins blancs ...



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