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Identité et Dialogue

Les Évêques Africains et la Famille

Les Évêques Africains et la Famille 13 novembre 2015

Évêques Africains contre des Vues «Occidentales» lors du Synode sur la Famille: fidélité à la doctrine contre opinions peu orthodoxes ou dureté de cœur contre attitude miséricordieuse?

 

Cet article a d'abord été écrit en Anglais. Ici il est traduit par le même auteur. Toutes les sources sont donc en Anglais.

Le 4 Octobre, 2015, les évêques venant des parties du monde entier se sont réunis à Rome pour la deuxième série de sessions du Synode sur la Famille. Beaucoup de questions sur la famille ont été débattues et cela a causé une énorme médiatisation. Même les médias qui se soucient peu des questions religieuses étaient intéressés. Maintenant, que le synode est terminé, les choses semblent avoir refroidi. Cependant, il a révélé que l'Église, qui prétend être une, n'a pas beaucoup d’unité. Les médias faisaient référence aux fractions de conservateurs contre les libéraux, ou des évêques africains contre des prélats occidentaux. Dans mon attitude naturellement trop optimiste, je dirais plutôt que le dialogue était entre les évêques venant de différents pays et traditions.

Tous les évêques avaient quelques minutes pour partager leur expérience de la vie de famille dans leurs pays. Une histoire a touché la plupart des Pères synodaux. «Un évêque a parlé d'un enfant qui, à sa première communion, a donné une partie de son hostie à sa mère et à son père qui ne sont pas autorisés à communier. Cet enfant, aurait-il compris quelque chose que les évêques ne comprennent pas? "Alors que de nombreux catholiques pourrait penser que l'enseignement doctrinal de l'Eglise doit être authentique et enseigné partout de la même manière, d’autres façons particulières de le vivre doivent être prises en compte. Surtout quand elles viennent nous faire demander si l'enseignement de l'Eglise tout entier est figé. L'Esprit Saint, peut-il encore nous apprendre quelque chose de nouveau ou quelque chose de mieux que ce que nous connaissons aujourd'hui?

Stephanie Kirchgaessner, écrivant pour The Guardian, le 3 Octobre 2015, a déclaré que «pour une église avec un état d'esprit du 12ème siècle, le 21ème siècle est un endroit insolite". A-t-elle parlé de son ignorance ou avait-elle un point valable? Alors que Kirchgaessner parlait de la différence des époques, la chose qui cause le plus de séparation, ou pour mieux le dire, les éléments qui cause le plus de discorde dans le synode sont des différences culturelles. Un bon nombre d'évêques qui ont participé au synode sont originaires d'Afrique. Leur groupe était connu pour soutenir les allures traditionnelles en abordant les problèmes de la famille.

Un des cardinaux africains bien connus, Francis Arinze, a été la voix de premier plan dans la défense de ces moyens traditionnels, bien qu’il ne fût pas un des 44 évêques venus d'Afrique qui ont participé au synode. Il a dit que «la plupart des gens en Europe continentale ou même l'Amérique du Nord, quand ils entendent d'un synode ils pensent immédiatement du divorce-remariage et qu’ils vont recevoir la Sainte Communion. Et ils mentionnent même les unions homosexuelles ", a déclaré dans une interview Arinze. « Les Africains disent 'Oh, Seigneur! Est-ce ce que vous entendez par la famille? Ce synode est sur la fa-mi-lle » ! En d'autres termes, il exclut les familles qui ne sont pas dans le cadre traditionnel: Père-mère-enfants. Il a également été reconnu pour opposer des changements à la façon dont l'Église traite les couples divorcées-remariés. Quand il se fait le porte-parole du continent africain, il semble suggérer que tout catholique sur le continent est d'accord avec lui ou que ceux qui opposent ses vues ne sont pas entièrement africains. Pourrait un catholique africaine comprendre les choses différemment? Nos cardinaux Africains, devraient-ils faire leurs arguments utilisant leur identité «africaine» comme point de départ?


Personnellement, je suis d'avis que les changements les plus importants qui se seraient produits dans l'enseignement de l'église dans les dernières années pourraient être ceux du Concile Vatican II dans les années 60. Ce fut seulement quelques décennies après l'évangélisation de la plupart des nations africaines. Ces églises africaines, ont-elles incorporé les changements de Vatican II ou au moins son esprit, ou sont-elles restées simplement attachées aux attitudes d’avant Vatican II dont ils étaient encore en train de digérer? On pourrait supposer que cela est la cause de leurs déclarations souvent conservatrices lors de divers synodes.


Les évêques africains représentaient le groupe qui pourrait être décrit comme conservateur et l'un des points où ils sont restés intransigeants était le cas des couples divorcés remariés.
Thomas Reese a écrit que « le problème est que les conservateurs ne voient pas le divorce et le remariage simplement comme un seul péché, qui peut être confessé et pardonné. Ils le voient comme un péché perpétuel chaque fois que le couple a des rapports sexuels. Comme ils n’arrêteront pas d'avoir des rapports sexuels, ils ne peuvent pas aller à la communion. Il n'y a aucune volonté d'accepter le premier mariage comme irrévocablement raté et ruiné, ce qui permettrait aux parties d’aller de l’avant avec leurs vies ". Reese a ajouté que «certains évêques sont obsessionnels dans leur opposition à l'homosexualité. Certains la voient encore comme un choix de vie. Dr Anca-Maria Cernea, un auditeur laïc et chef de l'Association des Médecins Catholiques en Roumanie, a donné un discours passionné lors du synode reliant l'homosexualité et le marxisme tout en arguant que les homosexuels peuvent être guéris ».


L'autre groupe a été principalement mené par les évêques de langue allemande. Ce
groupe de langue allemande soutient dans leur rapport que l'église pourrait être en mesure d'utiliser ce qu'on appelle le "for intérieur" pour permettre à certaines personnes remariées de recevoir l'Eucharistie en privée, au cas par cas, après avoir sollicité un accompagnement, des conseils, et ensuite la permission des prêtres ou des évêques.


Ce
groupe germanophone "explique comment la compréhension de l'église du mariage s’est développé au fil du temps - en mettant l'accent d'abord sur la monogamie du mariage, puis " la dignité personnelle des époux "avant de venir à comprendre la famille comme « église de maison ». Ces «cardinaux allemands ont également fortement articulé une vision pour le développement de l'enseignement de l'Eglise, en disant que la« doctrine de l'église n’est pas un magasin fermé, mais une tradition vivante. " Donnant comme exemple les différences entre encyclique du pape Pie XI de 1930, Casti Connubii et l’encyclique du pape Jean-Paul II de 1981, Familiaris consortio, Marx (leader du groupe germanophone) dit que entre les deux, il y "a une issue; ils ne disent pas la même chose".


Parmi les personnes qui ont participé au synode étaient également des prélats protestants. L'un d'eux était Tim Thornton, un évêque anglican de Cornwall au Royaume-Uni. En parlant de lui
Rosie Scammel déclare que «certains des évêques catholiques au Synode résister aux changements proposés à la doctrine de l'église, Thornton dit beaucoup ont omis de rappeler que l'Eglise catholique a changé au cours des siècles:« La façon dont l'église a traité les familles, la façon dont les familles ont traité l'église, a changé de manière significative, mais cela ne semble pas avoir été évoqué suffisamment'.


Mon point de vue personnel serait que, même si les questions débattues sont essentielles à la vie de l'église, le manque de confiance dans la capacité de Notre Seigneur de protéger son Église dominait parmi les évêques conservateurs. Quand ils suggèrent que les couples remariés ne devraient pas recevoir la Sainte Communion, qu'est-ce qu'ils font des gestes de Notre Seigneur quand il a donné son corps et son sang à des disciples qui n’étaient pas encore pleinement croyants et qui avaient parmi eux un certain Judas Iscariote qui allait trahir leur maître? Jésus savait sûrement que le cœur de Judas n’était pas propre et qu'il allait procéder à la trahison qu’il avait mûrie en lui-même.


Comme
Stan Chu Ilo l'écrit avec virtuosité, "la Sainte Communion n’est pas un trophée qui est donnée à ceux qui ont bien vécu ou ceux qui ont courru la course de la vie très bien. La Sainte Communion est un remède pour le péché; nourriture pour le voyage de la vie. Avant de recevoir la communion tous les catholiques disent cette prière: «Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et mon âme sera guérie". Il renforce son point en disant que "celui qui a permis à la femme avec l'écoulement du sang à toucher son vêtement, qui a permis à la pécheresse publique de toucher son corps et laver ses pieds par ses larmes, voudra sûrement que les divorcés-remariés, les prostituées , l’homosexuel, qui est à la recherche de la miséricorde, la guérison, la grâce et l'amour inconditionnel de Dieu et imméritée, viennent à sa table de communion ».


Donc, on peut penser que ce synode a été un échec, surtout ceux qui voudraient avoir une église plus clémente et compréhensive. Mais,
comme David Gibson écrit: «ce synode est terminé, mais la « synodalité » - le processus de dialogue, de discernement, de collaboration et de collégialité continue qui conduit à de nouvelles approches et peut-être même changements doctrinaux – n’est pas finie".


Le Cardinal
Nichols représentant l'un des groupes anglophones, « a déclaré [que] le Pape François avait mis en garde à la fin du synode Octobre 2014 contre deux tentations: de tout réduire à des questions de doctrine et de panser les plaies sans les traiter. Il a dit que ce synode avait clairement évité la première, alors que la solution pour les divorcés-remariés, décrite dans le rapport final avait évité la seconde ".


En fin de compte, les Pères synodaux ont rédigé un document qui résume leurs décisions. Le prêtre Jésuite,
le Père James Martin, nous dit que ‘dans l'ensemble, le document a souligné deux concepts:« accompagnement »et« discernement ». L'église doit accompagner les familles dans la complexité de leur vie et faire preuve de discernement, une forme de prise de décision dans la prière, pour aider les gens à arriver à de bonnes décisions à base des enseignements de l'église. Le document final n’est même pas le dernier mot. Le Pape François va probablement écrire son propre document dans quelques mois, résumant les conclusions du synode et peut-être faisant avancer la discussion plus loin. Il a conclu que «la peur du changement retient l'église en arrière. Et elle fait quelque chose de pire. Elle supprime l'amour de l'équation. Au cours des dernières semaines, j’ai vu cette crainte conduire à la suspicion, à la méfiance et à la haine. Et au cœur de cela, je crois, est la peur. Comme l'a dit saint Paul, l'amour parfait chasse la crainte. Mais la peur parfaite chasse l’amour ".


Comme je le dis toujours: «Le dialogue est la clé des relations saines dans tout type de communauté». Des identités pourraient rendre le dialogue difficile, mais des attitudes et prédispositions négatives personnelles sont en fait la véritable cause du rejet de l'opinion des autres personnes sur la base de leurs expériences personnelles. Ce synode a permis aux évêques d'exprimer les joies et les douleurs des familles qui leur sont confiés. Le Pape François a ouvert les premières sessions de ce synode, en 2014, invitant tous les Pères synodaux à parler librement et à écouter généreusement. Telle est la grande réussite de ce synode et si elle reste la procédure pour d'autres rassemblements de prélats de l'Église, sans aucun doute notre Église aura une communauté saine où les enfants de Dieu pourront vivre leur vie et leur mission ensemble dans la solidarité, la paix et l'amour.
 



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