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Aung San Suu Kyi, serait-elle une islamophobe lauréate du Prix Nobel de la Paix ?

Aung San Suu Kyi, serait-elle une islamophobe lauréate du Prix Nobel de la Paix ? 17 juin 2015

Cet article a d'abord été posté sur mon blog en Anglais.

Les gens qui étudient à l'Université d'Oxford aiment exhiber leur fierté à propos de beaucoup de gens, de choses et d’événements associés à leur université. Une des choses sur lesquelles ils fondent leur fierté est le fait qu'ils se rendent à une institution tertiaire qui est le plus ancien dans le monde anglophone et l'alma mater de nombreuses célébrités, politiciens, scientifiques, chefs religieux, lauréats des prix Nobels, etc. Donc, la fierté des étudiants d’Oxford est plus fondée sur la réalisation d'autres personnes que sur leurs propres accomplissements. L'Université d'Oxford elle-même ne manque pas
une occasion de se faire de la publicité qu’elle est l'alma mater de 26 premiers ministres Britanniques, plus de 30 dirigeants du monde moderne, y compris Bill Clinton, Aung San Suu Kyi et Indira Gandhi. Elle a également éduqué un bon nombre d'explorateurs, d’écrivains et de philosophes. Elle a également instruit quelques personnes sans emploi, mais ceux-ci ne semblent pas compter et ce n’est pas le sujet de cet article.


En 2011, quand j’étais sur le point de voyager au Royaume-Uni pour commencer un diplôme de maîtrise à Oxford, j’avais mis ma fierté dans l'un de ses anciens élèves (connu sous le nom Oxonians) qui est devenu une icône internationale de la lutte pour les droits des nations entières, Aung San Suu Kyi. Je savais que Daw Suu avait gagné le Prix Nobel de la paix en 1991 alors qu'elle était en résidence surveillée dans son pays la Birmanie (également appelée Myanmar). Elle est restée prisonnière dans sa maison pendant 21 ans.


Quand
elle est allée à Oxford, après avoir été libérée, pour recevoir son doctorat honoris causa en droit civil le 20 Juin 2012, elle a clairement indiqué que la Birmanie avait encore du mal à surmonter son passé. Actuellement, un phénomène terrible a attiré l'attention du monde entier et fait comprendre la fragilité de la démocratie en Birmanie: la persécution du peuple minoritaire appelé Rohingyas. L'aspect qui est le plus grand objet d'horreur de cette discrimination est qu'elle a été principalement encouragée par les moines bouddhistes qui ont été considérés depuis longtemps comme pacifiques et non-violents. Une vidéo est très intéressante à regarder pour nous de comprendre l'étendue de leur haine envers les Rohingyas.


Comme je le fais habituellement dans mes blogs, je vais décrire différentes vues - pas nécessairement opposées - qui pourraient aider à obtenir un tableau général de la situation présentée dans le but de permettre au lecteur de tirer des conclusions personnelles et bien informées.


Sara Perria a écrit dans le
The Guardian que «[l]orsque des milliers de Rohingyas de Birmanie ont été découverts flottant sur des bateaux sur les mers du sud-est asiatique, une grande partie du monde a été naturellement saisie par cette tragédie humaine qui se passe. Des voix en colère se sont soulevées; quelque chose devait être fait pour mettre fin à la souffrance, pour aider ces hommes, femmes et enfants dans le besoin. Mais ce qui a surpris certains, c’est le silence de la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi ». Il serait sans surprise étonnant de conclure que les médias occidentaux pourraient penser à quelqu'un d'autre d'être la mesure de l'éthique dans ce pays gouverné par un gouvernement brutal.


Selon Sara Perria, "[Aung San Suu Kyi] craignait que toute déclaration qu'elle aurait faite ne ferait seulement qu’attiser les tensions entre la majorité bouddhiste et les Rohingyas, qui représentent environ un tiers de la population de l'État de Rakhine, qui touche le Bangladesh.» Cela voudrait dire que Daw Suu aide plus son pays en restant silencieuse qu’en dénonçant ce que le monde appelle presque un génocide. Mais, bien que Sara Perria peut suggérer que l'on pourrait considérer le silence de Daw Suu comme un geste sage et ne tente pas de suggérer que Daw Suu ignore la cause des Rohingyas, elle essaie de montrer que Daw Suu pourrait bénéficier dans le fait de garder le silence. Elle a écrit que "Aung San Suu Kyi pourrait décider de maintenir son silence, en calculant qu’il est dans son intérêt de laisser le gouvernement à lui seul faire face à toute réaction à travers le pays, mais surtout dans la région de Rakhine, comme les élections approchent." Ainsi, le gouvernement, par sa non-intervention, se présenterait comme une institution brutale et injuste à être remplacé par un autre plus éthique. Cependant, comme nous l'avons dit: personne dans l'Ouest n’attend probablement personne d'autre –que Daw Suu-, maintenant que les moines prétendument pacifiques sont impliqués dans le conflit, pour dénoncer la situation dans l'Etat de Rakhine au Myanmar.


Un autre journaliste du The Guardian, Emmanuel Stoakes, trouve qu'il ne devrait pas y avoir des moyens pour excuser l'attitude de Daw Suu.
Il a écrit que ‘[lorsque elle fut] interrogée sur le sort des musulmans lors de sa récente visite au Royaume-Uni, Suu Kyi a dit à la journaliste de la BBC, Mishal Husain, qu'il n'y avait « pas de nettoyage ethnique » et a tergiversé au sujet de la souffrance des deux groupes, bouddhistes et musulmans, d'une manière qui au moins un autre auteur a trouvé "écœurant" à regarder.’ Selon Stoakes, on pourrait donc dire que Daw Suu vit dans un déni total d'un phénomène qui est vu par le monde entier dans les journaux et sur les téléviseurs. Stoakes a ajouté que ' [le cas des] Rohingyas se rapproche à une catastrophe finale qui pourrait résulter, aux yeux de plusieurs analystes respectables, en un génocide. Pourtant, "Lady Suu (Dame Suu)" reste pratiquement silencieuse, sans doute en partie parce que la reconnaissance de la situation de ce peuple reviendrait à un suicide politique dans un pays où les préjugés raciaux sont profondes. Les Rakhines (ou Arkaniens) ont démontré leur position sur les Rohingyas avec une clarté totale: par des lynchages et des incendies criminelles; leur haine des Rohingyas est évidente depuis des décennies’. Alors, serait Aung San Suu Kyi du côté des Rohingyas mais tout en craignant qu'elle nuirait à ses succès politiques naissantes si elle osait confronter leur situation?


Dans
un article intitulé "Aung San Suu Kyi est une déception: Il y avait tellement d'espoir pour elle comme un leader moral au Myanmar, mais le pouvoir (ou politique) l’a changée", Zafar Sobhar va même plus loin en disant que « face à la critique cinglante des groupes internationaux des droits humains, les partisans de la respectable Aung San Suu Kyi sont laissés avec seulement une façon de comprendre son inaction et le silence sur la persécution de la minorité Rohingya au Myanmar: calcul politique froid de sa part ". Poussant plus loin pour clarifier son point, Sobhar écrit que ‘dans l'un de ses plus célèbres discours, Suu Kyi a dit de manière mémorable: « Ce n’est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur. La peur de perdre le pouvoir corrompt ceux qui l'exercent et la peur du fléau du pouvoir corrompt ceux qui y sont soumis ». Elle aurait pu ajouter: La peur de ne jamais prendre le pouvoir corrompt ceux qui choisissent de se taire face à la sauvagerie’. Cela signifierait que Daw Suu a peur de retourner à la case départ dans sa carrière politique.


Lorsqu'on lui a demandée pourquoi elle ne parle pas pour les Rohingyas,
elle a dit: « Je ne suis pas silencieuse en raison d’un calcul politique [...] je me tais parce que, n’importe quel côté je supporterais, il y aurait plus de sang (versé). Si je parle pour les droits humains, ils (les Rohingyas) ne feront que souffrir. Il y aura plus de sang ». Est-ce un alibi ou les Rohingyas pourraient effectivement faire face à un génocide« réel » s’ils obtiennent le soutien de Daw Suu? Si l'on veut voir cela comme un alibi, elle a fait une conclusion claire sur ce qu'il faut répondre à chaque fois qu'une question lui est posée sur les Rohingyas: "Le Myanmar n'est pas un état de droit".


Cependant,
quelque chose aurait changé récemment, mais cela n’est pas sorti de la bouche de Daw Suu. Son porte-parole a déclaré que ‘les Rohingyas ont le droit d’avoir des « droits humains »’. Dans ses propres mots, Nyan Win a déclaré que "même s’ils [les Rohingyas] ne sont pas acceptés (en tant que citoyens), ils ne peuvent pas être renvoyés sur les rivières. Ils ne peuvent pas être poussés à la mer. Ce sont des êtres humains. Je les vois comme des humains qui ont droit aux droits humains ». Ceci serait un grand pas parce que les gens de renom ont commencé à demander à Daw Suu d’être vocale au sujet de la situation critique des Rohingyas. Le Dalaï Lama a lui-même plaidé pour les Rohingyas. Le The Guardian a écrit que l'Agence France-Presse a rapporté les paroles du « leader spirituel bouddhiste tibétain [qui] a dit que Suu Kyi doit prendre la parole, ajoutant qu'il avait déjà fait appel à deux reprises à elle en personne depuis 2012, lorsque la violence sectaire mortelle dans l'État de Birman de Rakhine a opposé les Rohingyas contre les bouddhistes locaux, pour qu’elle fasse beaucoup plus en leur nom ".


À un moment donné de l'Histoire, un autre combattant pour la liberté, Nelson Mandela, a été confronté à une situation plus ou moins similaire. Après sa libération, son parti politique,
le Congrès national africain, a été embourbé dans des batailles sanglantes avec des membres de l'IFP dans la province du KwaZulu Natal et de nombreux leaders noirs voulaient exclure les blancs de la gouvernance du pays. Mandela a condamné la violence dans le KwaZulu Natal et a accepté les blancs dans son gouvernement. Cela n’était pas pour protéger une minorité sans défense, parce que les Blancs avaient encore la puissance militaire et économique, mais faire la bonne chose car c’est ce qu’on attendait de Mandela. Le résultat de ses décisions aurait pu conduire à une fin désastreuse pour sa carrière politique. Brian Pellot a écrit que ‘Mandela a dit qu '« il y a des moments où un leader doit aller devant son temps (son troupeau) ». Pour l'héritage d’Aung San Suu Kyi, pour l'avenir du Myanmar, pour le sort des Rohingyas, cela est certainement un de ces moments. Si elle ne parvient pas à le faire d'ici la fin de l'année prochaine, après les élections, sa place décevante parmi son troupeau sera assurée’. Bien que cette déclaration puisse paraître comme un ultimatum dans une situation indubitablement compliquée, sa véracité semble certaine.


Être un défenseur des droits de l'homme est un fardeau. Non seulement lorsqu'on est contesté par des gouvernements oppressifs, mais aussi quand il est nécessaire d'aller contre des vues largement acceptées sur la façon de mener des guerres ou de réglementer la sécurité dans le monde. Récemment,
Malala Yousafzai a déclaré dans un communiqué: «J’ai exprimé mes préoccupations [au président américain Obama] que les attaques de drones entretiennent le terrorisme [...] Les victimes innocentes sont tuées lors de ces actes, ce qui mène à un esprit de ressentiment chez le peuple pakistanais ». Et ceci ne veut pas dire qu'elle n'a pas d'aspirations politiques, parce qu’elle a également dit:« Je veux devenir un premier ministre du Pakistan, et je pense que cela serait vraiment bien. Parce que, grâce à la politique, je peux servir tout mon pays. Je peux être le médecin de l'ensemble du pays ».


Le monde change les gens en de saints vivants. Dans sa sagesse éclairée par de nombreuses années d'expérience, l'Eglise catholique choisit d'attendre que les gens meurent avant de les appeler saints. Qui sait ce que nous avons encore à voir arriver dans la vie de nombreux lauréats des prix Nobel de la paix avant leur mort? Peut-être que le monde est trop rapide à canoniser des êtres humains vivants.

 



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